Ancienne notice historique sur le village
Soyécourt par l’abbé De Cagny.

Des recherches attentives dans les anciens titres et sur les lieux mêmes feraient présumer qu’avant 1472 le village de Saucourt, ou Soyécourt d’après les copistes modernes, se trouvait à l’ouest de Marchélepot, au lieu dit des « Châtaigniers », où la tradition locale, des substructions évidentes et un cheminet de Saucourt en ont perpétué le souvenir. Mais les Bourguignons ayant entièrement ruiné le village et le château, les seigneurs, dits de Saucourt et Soyécourt, auraient transféré le siège de leur domaine près de Wallieux et Marcelet, et y auraient construit un donjon féodal. A cause du voisinage sans doute de la célèbre d’Estrées à Wallieux, ils ne paraissent pas y avoir fait leur résidence ; dès cette époque, on les retrouve soit au grand manoir de Lihons, soit au magnifique château de Tilloloy.

Quoiqu’il en soit, Soyécourt est aujourd’hui un petit village situé à 6 kilomètres de Chaulnes, au midi de la route qui va d’Amiens à Saint-Quentin.

On peut croire avec assez de vraisemblance qu’il tire son origine et sa domination des Sohier ou Siger (vainqueur) branche cadette des comtes de Vermandois, qui parut avec éclat à l’époque du XIe siècle. La population est, malheureusement comme dans la plupart des campagnes, en décroissance. Elle était encore en 1866 de 500 habitants. On n’en compte plus aujourd’hui (NDLR : en 1904) que 355. Les gens du pays ont su se maintenir, grâce à leur nature calme, à l’abri des dissensions politiques ou autres. Ils ont conservé un grand attachement à leurs traditions religieuses. Ils aiment leurs terres qu’ils cultivent avec intelligence et dont ils obtiennent de magnifiques rendements.

Le village se compose de trois parties distinctes et séparées entre elles par de légères vallées. La première au centre, refermant l’église, se nomme Marcelet et Marchelet, diminutif de Marcel (Marchélepot) et peut bien avoir été le village primitif. La rue principale s’appelle rue de Marcaille ; et un pouillé de 1648 cite Soyécourt auparavant cure de Marchelet-lès-Vallieux. La seconde, au midi, du nom de Soyécourt, comprend le lieu de l’ancien château et de ses dépendances. Une avenue le séparait de l’église ; quelques maisons s’y sont élevées depuis, et elle a reçu le nom de rue Neuve. La troisième s’appelle Vallieu, Locus Vallis, et aussi Les Vallieux, et Varlieu, d’après la coutume de Péronne.

Suivant les généalogistes et le P. Anselme en particulier, Vallieux était le berceau de la célèbre famille picarde du nom d’Estrées, rappelée plus haut ; et il fut le lieu natal de la trop fameuse Gabrielle d’Estrées, dont le père, Jean d’Estrées, possédait la seigneurie. Cette famille abandonna dans la suite ce domaine qui se confondit dans celui de Soyécourt. Cependant le château existait encore comme lieu seigneurial en 1607 ; et au commencement du siècle dernier (NDLR : le XIXe siècle), on voyait les restes et les fondations au lit dit : « Enclos de Wallieux ».

L’église s’élève presque au centre des différentes localités dont se compose la paroisse. C’est un édifice peu remarquable au point de vue architectonique. Le chœur, bâti en 1636, a été presque entièrement reconstruit au commencement du XIXe siècle ; la nef et le clocher furent restaurés en 1842, grâce au zèle persévérant de M. Dignocourt, curé du lieu. L’année suivante, il parvint aussi à faire ajouter un bas-côté à son église ; mais cette construction, élevée dans la seule vue d’agrandissement, est sans grâce et sans harmonie avec le reste de l’édifice religieux. Il se termine par une chapelle de la Sainte-Vierge adossée à la sacristie. En revanche vers le fond opposé de ce bas-côté, se trouvent d’admirables fonts baptismaux (NDLR : encore visible de nos jours). Ils se composent d’un monolithe d’un grain extrêmement dur, soutenu par quatre colonnes dont les châpiteaux, d’ordre composite, sont ornés de grappes de raisin ; des palmes en relief sont sculptées sur les parois d’un vaste et profond bassin en forme semi sphérique, tandis que des cordons serpentants, ou arqués, règnent tour à tour sur les entablements.

Malgré l’absence d’architecture la partie principale de l’église est agréable à l’œil et porte au recueillement. Les boiseries de l’autel et du sanctuaire ne sont pas sans mérite. Elles encadrent une assez bonne copie d’un tableau de la Résurrection de N.-S. Plusieurs vitraux représentant des scènes de la Vie de N.-S. et des Saints sont venus dans ces derniers temps remplacer des verres bariolés dont la seule valeur était d’intercepter les courants d’air. Quelques fenêtres attendent encore sans doute de généreux donateurs, qui permettront d’achever l’œuvre commencée, ce qui donnerait à l’église au moins à ce point de vue, un caractère d’ensemble qui lui manque par ailleurs.

D’ailleurs nous croyons savoir que les familles généreuses ne manquent point à Soyécourt. Car si nos renseignements sont exactes, le catalogue des objets destinés au culte ou à l’ornementation de l’église s’enrichit chaque année de plusieurs unités.

Le vocable de l’église est saint Martial, évêque de Limoges. Des critiques sévères ne veulent pas faire remonter l’existence de ce saint au-delà du IIIe siècle, sous le pontificat du pape Fabien. Mais les traditions de l’église de Limoges, appuyées d’ailleurs sur de nombreuses et fortes raisons regardent saint Martial comme ayant reçu sa mission d’apostolat de saint Pierre lui-même, à la fin du Ier siècle de l’ère chrétienne. Dans ce cas saint Martial est regardé comme un des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur ; et on l’identifie avec le jeune homme qui présenta les cinq pains d’orge et les deux poissons pour le grand miracle de la multiplication des pains. C’est lui encore que N.-S. aurait choisi pour le proposer comme modèle d’innocence à l’imitation des apôtres.

La fête de Saint-Martial se célèbre chaque année avec beaucoup de solennité au milieu d’un grand concours de fidèles le 30 juin. La fête du village à lieu le dimanche suivant.

La plupart des renseignements exposés dans cette notice ont été puisés dans l’Histoire de l’arrondissement de Péronne, par l’abbé De Cagny.


Mise en ligne : lundi 30 août 2004


Forum de l'article

  • > Ancienne notice historique sur le village
    4 mai 2007
    j’aimerai en savoir un peu plus sur l’abbé de cagny si cela est possible merci d’avance
    • > Abbé Paul Decagny
      5 mai 2007, par Webmaster
      Si il y avait un personnage de notre histoire locale à honorer ce serait bien lui. Il a consacré beaucoup d’années de sa vie à l’écriture de « L’arrondissement de Péronne » dans la deuxième partie du XIXe siècle. C’est le plus célèbre recueil d’informations sur toutes les communes de cette région. Il était curé d’Ennemain et membre très actif de la société des Antiquaires de Picardie. Je dois toujours publier sur soyecourt.com son texte intégral sur le village de Soyécourt et j’en profiterai pour y mettre les quelques informations dont je dispose sur cet abbé. A bientôt.
  • > Ancienne notice historique sur le village
    19 juillet 2006, par Alexandre Boirat
    je réalise à l’heure actuelle le travail de présentation d’une thèse sur Camille de Soyecourt, pourrais je solliciter l’accès aux archives municipales pour compléter mes recherches sur le patrimoine foncier et immobilier de cette famille. Je puis, si vous le souhaiter, vous fournir peut être quelques informations complémentaires sur elle, dans le cadre du travail de recherche actuellement réalisé. Je vous précise l’existence d’un site de présentation sur le carmel de la rue de Vaugirard à Paris qu’elle racheta et reconstitua dés 1797 et dans laquelle elle repose, au côtés des bienheureux martyrs de septembre 1792 et du bienheureux Frédéric Ozanam. http//www.bxmartyrsde1792.com à votre disposition.
    • > Camille de Soyécourt
      28 juillet 2006, par Webmaster
      Je vais me permettre de vous contacter directement sur ce sujet que nous n’avons pas encore eu le temps d’aborder sur le site.
      • > Camille de Soyécourt
        12 mars 2009, par alexandre Boirat
        J’ai soutenu mon master 2 sur Camille de Soyecourt et commence maintenant ma thèse. Mon master 2 s’est porté sur les prises de positions de cette religieuse sous l’Empire et ma thèse va traiter du reste de sa vie. J’aurai à approfondir mes recherches dans les archives communales de Soyecourt concernant la famille de cette religieuse. Je serai heureux de partager mes recherches avec vous pour compléter la vie de cette femme qui joua un rôle primordial dans les relations entre l’Eglise et l’Empire et soutint la papauté exilée à Fontainebleau ainsi que les cardinaux placés sous surveillance et dispersés dans différentes villes de France par Napoléon. Je pourrai vous envoyer un exemplaire de mes recherches si vous le souhaitez. A vous de me dire si mes recherches sur Camille de Soyecourt vous intéressent. Je vous rappelle le site du souvenir des bienheureux martyrs de septembre 1792 où des informations existent sur l’historique du carmel de Camille de Soyecourt rue de Vaugirard et sur l’historique de la cause des bienheureux martyrs de septembre à Rome en vue de leur canonisation. Je précise que la cause de Camille de Soyecourt est aussi introduite puisqu’elle l’a été dans les années 1930 ; son procès est donc ouvert et le dossier la concernant est conservé aux archives de l’archevêché de Paris.