Notice Géographique et Historique sur Soyécourt en 1899
Voici la transcription intégrale de la monographie de Soyécourt, rédigée par M. Horquin en 1899, laquelle comporte en première page un extrait d’une carte d’Etat-Major.

A la fin du XIXe siècle, une enquête nationale est demandée à tous les instituteurs pour servir lors de l’Exposition Universelle de 1900. MM A. Cottin et G. Bourgoin ont réalisé des pré-imprimés qui sont diffusés à chaque instituteur pour que ceux-ci les complètent. C’est souvent un travail remarquable de précision, mettant à profit les compétences et les connaissances de ces enseignants. A noter, la conclusion du document faisant ressortir parfois les opinions personnels de leur auteur.

IDEE D’ ENSEMBLE DE LA COMMUNE

1. Etymologie ; Anciennes formes du nom :
En 1106 dans la bulle de Pascal II : Soihercurt appartenait à l’abbaye de St-Quentin. En 1293, Soiercort. En 1327, Soiecourt, puis Saucourt et Soyécourt. Encore aujourd’hui vulgairement : Saucourt.

2. Situation :
Soyécourt est situé par 0°27’20" de longitude Est et par 49°52’ de latitude Nord, dans le canton de Chaulnes, l’arrondissement de Péronne, le département de la Somme. Il fait partie de l’ancienne province de Picardie.

3. Communes limitrophes :
Au nord : Fay ; à l’est : Estrées-Deniécourt ; au sud-est : Ablaincourt ; au sud : Vermandovillers ; à l’ouest : Foucaucourt.

4. Superficie et population totale :
Sa superficie totale est de 516 ha. Sa population en 1897 était de 355 habitants. Elle était de 550 habitants en 1848.

GEOGRAPHIE PHYSIQUE

5. Nature du sol :
Le sol appartient à la formation tertiaire. Il laisse assez facilement passer l’eau sous l’épaisseur de la terre végétale. En dessous s’étagent les couches suivantes :

  1. L’argile mélangée de silice formant la majeure partie du territoire
  2. La craie, dont les bancs peu épais affleurent en peu d’endroits ; au sud-est de la commune se trouvent quelques bancs de silex (allant dans la direction Ouest à Est) non exploités.

6. Relief :
Le territoire de la commune forme un plateau assez régulier, marqué de 3 légères dépressions partant des « Hautes cavées ». La première site « Ravin du Bois de Soyécourt » débouche à Wallieux et se dirige vers le Bois de Soyécourt. La deuxième traverse le village et s’appelle le « Royard ». Elle rejoint l’autre au Bois de Soyécourt. La troisième vient dans la direction du moulin Abel et rejoint les 2 autres. L’altitude culminante du territoire est de 92 mètres. L’altitude inférieure est de 78 mètres.

7. Conditions climatologiques :
La commune est située à 80 mètres d’altitude moyenne et à environ 100 km de la Manche. Elle jouit d’un climat salubre et suffisamment tempéré. Les changements de température sont assez brusques. Les orages ne sont pas trop fréquents et sur le territoire même il n’y a pas de grêle. On attribue à Soyécourt cette protection au voisinage du Bois à Fâmes (territoire de Vermandovillers)

8. Régime des eaux souterraines et superficielles :
Il n’y a pas de cours d’eau. Autrefois un ruisseau venant de Lihu (ferme de la commune de Lihons) traversait le Bois à Fâmes, Soyécourt et Wallieux. Il s’appelait le « Grand Manoir ». L’eau s’infiltrant par suite des pluies prolongées forme une nappe souterraine où s’alimentent les puits d’une profondeur de 18 à 25 mètres. Leur cuvette est creusée dans une argile peu compacte et la nappe d’eau repose sur une couche de marne caillouteuse.

9. Influence maritime ; côte :
L’influence de la mer se borne ici à l’influence météorologique. Elle souffre rapidement des troubles atmosphériques signalés sur le littoral.

10. Particularité de la flore et de la faune :
La flore et la faune différent peu de celles du nord de la France. Il y a peu de gibier (lièvres, lapins, perdrix, cailles). Il n’y a pas de reptiles dangereux.

GEOGRAPHIE ADMINISTRATIVE

11. Chef-lieu de la commune ; son importance :
Le chef-lieu de la commune est Soyécourt qui a une population de 355 habitants (103 maisons, 121 ménages).

12. Hameaux ; leur importance :
Il n’y a pas de hameau. Wallieux qui se trouve au Nord de Soyécourt n’en est séparé que par quelques vergers. Autrefois il était considéré comme village distinct, puis comme hameau. Ce qui le prouve, c’est que quelques bornes qui subsistent encore marquaient le ligne de démarcation entre le territoire de Soyécourt et celui de Wallieux. Les actes de l’état civil portaient autrefois : (1741) Commune de Marcelet Soyécourt les Wallieux (1746) Paroisse de Soyécourt et du hameau de Marcelet. (1789) Commune de Soyécourt (1793) Commune de Marcelet

13. Nombres d’électeurs ; autres chiffres relatifs à la population :
La commune compte 120 électeurs. L’école est fréquentée par 34 enfants (22 garçons et 12 filles).

14. Administration et finances municipales :
10 membres composent le Conseil municipal. Le budget communal est de 4298 francs 98 centimes qui s’équilibre par la même somme de ressources ordinaires. Les revenus du Bureau de Bienfaisance, de la Caisse des Ecoles, de la Fabrique sont respectivement de 149,50 francs, de 40 francs, de 650 francs.

15. Mandataires représentant la commune au dehors ; Renseignements divers :
Soyécourt contribue à l’élection de 3 sénateurs, 1 député, 1 conseiller général et 1 conseiller d’arrondissement. Les affaires communales ressortissent de la sous-préfecture de Péronne. La commune dépend aussi de Chaulnes (perception, justice de Paix, enregistrement, contributions indirectes, service vicinal, gendarmerie), de Nesle (contrôle), de Péronne (vérification des Poids et mesures, subdivision militaire, recrutement et Inspection des Ecoles), d’Amiens (Ponts et chaussées), d’Estrées-Deniécourt (Postes et télégraphes). Soyécourt est une paroisse catholique. Elle a une école mixte, une bibliothèque scolaire et populaire (183 ouvrages et 233 volumes). Elle n’a pas de pompe à incendie.

GEOGRAPHIE ECONOMIQUE

COMMUNICATIONS

16. Routes ; communications du chef-lieu avec les hameaux et les communes voisines ; Voies navigables :

  1. Le chemin de grande communication n°201 d’Amiens à St. Quentin traverse le territoire au Nord (long : 1368 m) ;
  2. Le chemin de grande communication n°79 de Péronne à Lihons le traverse de l’Est au Sud (long : 1764 m) ;
  3. Le chemin de grande communication n°143 de Chaulnes à Bray le traverse du Sud au Nord-Ouest (long : 867 m). Trois chemins voiries ordinaires bien entretenus et d’une longueur total de 3572 m rattachent la commune aux communes voisines.

17. Voies ferrées ; Service postal télégraphique et téléphonique :
La ligne d’Amiens à Tergnier et à Péronne passe à 6 km environ de Soyécourt ; la gare la plus rapprochée est Chaulnes (8 km). Soyécourt est desservi par le bureau de poste d’Estrées-Deniécourt (2 km). La distribution a lieu vers 8h du matin. La levée de boîte a lieu vers 5h du soir. Elle ne comporte pas de 2e distribution. Télégraphe : Chaulnes (6 km).

18. Améliorations désirables :
Il serait à souhaiter qu’une seconde distribution de lettres se fit chaque soir.

AGRICULTURE

19. Superficie cultivées ; Catégories de sol exploité :
Sur les 516 ha de la commune, le territoire agricole compte 455 ha répartis en terres de labour, 12 ha en jardins et vergers et 35 ha en Bois.

20. Principales cultures :
160 hectares environ sont cultivés en froment, 100 ha en avoine, 85 ha en betteraves à sucre ou fourragères. L’orge, le seigle, les pommes de terre, les prairies occupent le reste. Pas de culture maraîchère. Pas de vignes. La production fruitière est restreinte.

21. Elevage ; Bétail et animaux de basse-cour :
On achète les chevaux. Peu de cultivateurs se livrent à l’élevage du poulain. On se livre par contre, à l’élevage des animaux de l’espèce bovine (qui comprend 115 vaches laitières), des espèces ovine et porcine. La basse-cour et la laiterie sont un excellent revenu.

22. Apiculture ; Sériciculture ; Pisciculture ; Ostréiculture :
Il y a peu de ruches : 28

23. Etat de la propriété :
La propriété foncière est très morcelée.

24. Méthodes d’exploitation ; Outillage ; Progrès à réaliser :
Les méthodes et l’outillage agricoles sont en progrès. Cependant il y a encore des fumiers mal soignés et du purin que l’on laisse s’écouler sur la voir publique. Il n’existe pas d’association agricole dans la commune. 2 agriculteurs seulement font partie de la société des agriculteurs.

25. Pêche et chasse :
La chasse est libre. Le gibier est peu abondant.

INDUSTRIE

26. Mines ; Carrières ; Salines ; Eaux minérales :
Néant.

27. Petite, moyenne et grande industrie :
Il y a peu de métiers usuels : 1 maréchal, 1 charron.

28. Améliorations et créations possibles :
A cause de la main-d’œuvre qui devient rare aucune création industrielle ne paraît possible ni même désirable.

COMMERCE

29. Nature et valeurs des produits exportés et importés :
L’exportation comprend les produits agricoles, les bois de construction et de chauffage. Elle dépasse beaucoup l’importation qui se porte sur les machines agricoles, les matériaux de construction, la houille, les engrais, l’alcool, le sucre, les objets d’habillement, etc.

30. Direction des courants commerciaux ; Marchés et foires :
Chaulnes et Péronne sont les centres des relations commerciales. Le beurre, les œufs, la volaille sont vendus aux marchés hebdomadaires de Lihons et de Rosières.

31. Produits sans écoulement ; Débouchés à créer :
Les produits de basse-cour sont vendus à des prix peu rémunérateurs. Cela tient aux intermédiaires trop nombreux qui se trouvent entre le cultivateur et le consommateur. Le moyen à réaliser serait l’expédition directe à Paris ou aux grandes villes.

APERÇU HISTORIQUE

ORIGINES

32. Temps préhistoriques ; Antiquité gauloise et gallo romaine :
Néant

MOYEN-AGE

33. Epoque gallo-franque ; Epoque féodale du IX au XVI siècle :
La maison de Soyécourt était une des plus anciennes et des plus illustres de la province. Elle paraissait descendre des comtes de Vermandois par la branche cadette des Sohier ou Siger (vainqueur). Gilles Ier de Soyécourt, chevalier banneret fut grand échanson de France en 1328. Il trouva la mort à la bataille de Crécy. Gilles II se fit remarquer lors de l’expulsion des Anglais du royaume de Charles VII. François III de Soyécourt, chevalier de l’Ordre du roi se distingua sous Henri II au siège de Metz.

TEMPS MODERNES

34. Du XVI siècle à la révolution :
Il y avait à Soyécourt un château-fort dont une aile et une tour avec meurtrières font encore partie du domaine de M. Vasset, mais il ne paraît pas avoir servi de résidence aux seigneurs et il devait être postérieur à 1472 où les Bourguignons détruisirent la forteresse de Soyécourt en allant assiéger Nesle. Wallieux serait le berceau de la célèbre famille picarde du nom d’Estrées et il fut le lieu natal de la fameuse Gabrielle d’Estrées dont le père possédait la seigneurie. Cette famille abandonna dans la suite ce domaine qui se confondit avec celui de Soyécourt. Cependant le château existait encore comme lieu seigneurial en 1607.

TEMPS ACTUELS

35. Grands faits ; Hommes remarquables :
En 1815 et surtout en 1870-1871, Soyécourt eut à subir les conséquences de nos défaites. En 1870 de nombreuses réquisitions en nature furent exercées. Plusieurs jeunes gens de la commune combattirent pendant l’année terrible. Deux d’entre eux périrent des suites des privations endurées.

36. Développement économique ; Progrès de l’instruction, des institutions de prévoyance et de bienfaisance, etc. Mouvement de la population ; Avenir possible de la commune :
Des habitations plus confortables ont remplacé les chaumières. L’instruction se répand. La commune qui a un Bureau de Bienfaisance distribuant environ 250 francs de secours aux indigents verra dans quelques années s’accroître ses ressources par suite d’un legs important fait par M. (Lorvernu ?) propriétaire à Paris, enfant de Soyécourt (1898). Ce legs d’une valeur totale de 2200 francs de rentes annuelles et viagères doit revenir aux Pauvres de Soyécourt après le décès des 3 titulaires actuels. La population qui était de 550 habitants en 1848 ne compte plus que 355 habitants (recensement de 1896). Cette différence tien surtout à l’émigration de la population vers les centres industriels. La condition actuelle de la commune ne doit pas s’améliorer.

VUE GENERALE ET CONCLUSION

Soyécourt est un village bien situé, entouré de vergers et d’arbres qui laissent à peine percer la flèche de l’église et le toit de la tourelle du château. Le village qui comprend 3 parties principales et bien distinctes est très étendu et les maisons disséminées. Les habitants n’ont ensemble que peu de rapports de voisinage. Le travail et l’économie surtout sont partout en honneur. L’intempérance et l’alcoolisme font depuis quelques années de grands ravages.

Retrouver un historique et une explication de ces notices sur le site Internet : http://perso.orange.fr/delbrayelle/monographies_des_instituteurs.htm

Consulter la base des Archives départementales de la Somme


Mise en ligne : samedi 27 janvier 2007, par Sébastien Robit


Forum de l'article

  • > Notice Géographique et Historique sur Soyécourt en 1899
    4 avril 2007, par Michel LOMBARD
    Bonjour, Gustave Horquin a habité 20 ans à Soyécourt C’était mon arrière grand père, mais je ne l’ai pas connu. Par contre j’ai connu son épouse, Marie. Mon père, Professeur honoraire à l’Université d’Amiens, et Secrétaire perpétuel de l’Académie d’Amiens, a publié un article sur le camp de prisonniers de Wittenberg où avait été emmené G. Horquin.